Que reste-il du Toro Bravo…

DSC_1980-2.jpg_effectedVive l’été, les congés payés, les plages bondées et le cœur léger des vacanciers ! Carte postale récurrente depuis l’après-guerre…Insatiables campeurs fuyants la grisaille du nord pour envahir les plages du sud. Une marée de bermudas débardeurs maquillés à la crème solaire épris de soleil et de fête ! La Feria, fête populaire si chère à notre Grand Sud et à nos voisins ibériques, bat son plein en ces mois d’été. Les spectacles taurins s’enchainent à un rythme effréné. Deux à trois corridas par jour au minimum ! De quoi rendre fou tout chroniqueur taurin qui ne sait plus où poser son stylo. La ‘Fiesta Nacional’ ainsi nommée par le général Franco, devenue ‘Fiesta brava’ après la mort du dictateur, est omniprésente dans le paysage des vacances. Dernier bastion d’une tradition ancestrale commune aux deux pays, la ‘Fiesta al Toro’, plie mais ne rompt pas sous les coups malsains et violents d’anti-taurins incultes au profil altermondialiste. On n’écrase pas une culture, on ne tue pas un art aussi profond par de vulgaires quolibets, encore moins en ressortant d’un placard poussiéreux chanteurs et politiques en mal de reconnaissance !

Mais cette Fiesta Brava n’est-elle pas en crise au cœur même de son fondement ? Les anti-taurins représentent-ils vraiment le réel danger à la survie de la tauromachie, ne sont-ils pas juste le fruit véreux qui cache un mal profond ?

DSC_1574-2.jpg_effectedDans Fiesta Brava, il y a Brava ! Comme la bravoure du Toro de combat. Cet animal mythique sorti tout droit de l’art antique. Les Egyptiens le dessinaient en fresque continue, plus tard les Grecs puis les Romains ont scellé son destin d’animal à la sauvagerie absolue. L’homme moderne l’a combattu pour affirmer son courage. Ce Toro, élevé comme un Dieu pendant quatre ans par des hommes à la passion sans limite, a même donné son nom à la péninsule Ibérique. La Piel de Toro !

Mais que reste-il aujourd’hui de la férocité de l’animal ? La corrida moderne a façonné un ‘nouveau toro’, lui ôtant une partie de sa sauvagerie pour le rendre ainsi beaucoup plus noble, à la limite de la sosería (mot espagnol signifiant : gaucherie, stupidité, niaiserie et fadeur).

Les Figuras de la tauromachie moderne ont définitivement pris le pouvoir en obligeant certains éleveurs à façonner un animal servile. Obtenir des triomphes sans livrer de véritable combat ! Endormir un public souvent novice, par des fioritures frôlant la vulgarité, face à un animal faisant preuve de « mansuétude ovine ».

Oui la corrida sombre trop souvent dans un spectacle vulgaire et sans gloire, et le mal semble profond !  Le Toro devient alors un faire-valoir pour triomphe de stars. Les dogmes immuables d’une tauromachie de vérité sont bafoués au profit d’une superficialité terriblement ennuyeuse. Le tercio de piques, moment crucial de la lidia est alors totalement tronqué. On ne parle plus de piques mais de rencontres, tant l’animal est devenu faible. La légitimité d’un combat entre l’homme et l’animal devient dérisoire ! l’âme ancestrale d’un art unique se meut dans une douloureuse parodie. La corrida est ainsi faite. Les figuras choisissent leur bétail à leur guise et leurs compagnons de cartels sans se soucier de l’aficionado qui paie sa place !

Tragédie d’une époque, vulgarisation de l’événement… La tauromachie recule avec la société ! Nabila a remplacé Pivot sur le ’petit écran’. La culture semble un lointain souvenir !

Que dire alors de ces incroyables villages gaulois, résistants acharnés, bravant la modernité en toute impunité ? Vic Fezensac, Céret, Alès, Boujan et tous ces pueblos du sud-ouest de la France qui à contre-courant, ravivent la flamme d’un Toro Bravo et intègre ! Que dire aussi de ces aficionados a los Toros, courant les routes six mois durant à la recherche d’une lidia envoutante et respectable. Que dire enfin de ces toreros inconnus du grand public, bravant le danger chaque après-midi face à des Toros que les stars ne veulent affronter !

Dans ce Mundillo qui glisse inexorablement dans une facilité toute relative, il est un torero atypique dans ses choix et ses convictions. Sébastien Castella n’est jamais vraiment rentré dans le star-system. Figura incontestable des quinze dernières années, sa tauromachie parfois trop ‘trémendiste’ n’a pas toujours faite l’unanimité. Mais le Torero est capable de faenas incomparables d’un classicisme absolu qui lui ont ouvert les grandes portes des arènes les plus exigeantes. En Septembre pour la feria des Vendanges à Nîmes, il affrontera seul 6 Toros du célèbre élevage d’Adolfo Martín. Une première dans l’histoire de la tauromachie. Face à des Toros à la réputation sérieuse et au comportement souvent compliqué, le Torero français se jouera la vie mais aussi sa réputation. 30-5-2016-Madrid.foto.Bernard.Delort (294)L’annonce de cet événement a aussitôt fait la une de la presse. L’amphithéâtre Romain, après sa déconvenue de Pentecôte (Toros imprésentables) devrait retrouver une part de respectabilité. Une fois de plus le Torero français met un grand coup de pied aux idées reçues ! En espérant que la rencontre entre une grande figura de notre époque et un élevage de Toro Bravo au vrai sens du terme, fasse ouvrir les yeux à ceux qui ont oublié un peu vite que la Tauromachie est bien plus qu’une parodie ! Souhaitons que cet événement ne reste pas un cas isolé et que d’autres auront à cœur de rendre au Toro bravo sa véritable crédibilité !-Michel Bouisseren.

(Photos Laure Crespy)

 

 

 

Un commentaire sur “Que reste-il du Toro Bravo…

  1. Je salue le geste mais Nîmes est loin d’être une arène touriste c est même tout le inverse. C est une arène qui tue la fiesta brava. Je ne me prétend pas madame ira mais je me souviens des derniers Miura sortis à Nîmes… j ose espérer que les adolfo ne seront pas du même acabit. A suivre…

    J'aime

Donnez votre avis

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s