Castella, le triomphe de la maturité.

CastellaCe Mercredi 27 Mai, Las Ventas (Madrid) affichait le ‘no hay billetes’. Un de plus pour cette San Isidro qui ne connaît pas la crise. A 19h sous une chaleur écrasante les clarines résonnaientpour accueillir les trois Maestros du jour. Morante de la Puebla, El Juli et Sébastien Castella devant les Toros d’Alcurrucen. Pourtant malgré cette affiche de Figuras, on s’ennuie copieusement dans les gradins. Installé au cœur du Tendido7, j’attends avec impatience que le soleil disparaisse derrière le toit des arènes en sirotant une cerveza tout en discutant avec mon voisin. Lorsque Jabatillo sort du Toril, une somnolence générale s’est emparée du public. Mais les premiers capotazos de Castella réveillent les 24000 spectateurs. Le Maestro français, a rapidement vu que son Toro était a gusto. Il s’en suit 10 minutes de folie qui transporte le public, pourtant exigeant, de Madrid dans un indescriptible bonheur. Deux oreilles pour une faena quasi parfaite ! Mais plus encore, un Sébastien Castella toréant dans un registre qu’on ne lui connaissait guère. Les deux pieds rivés au sol, au centre du ruedo, il enchaine des deux mains des séries d’un classicisme absolu. Loin de son ‘trémendisme’ habituel, qui étouffe ses adversaires, le maestro déroule une faena de douceur et de temple. Rien ne vient perturber les dogmes immuables d’une tauromachie ‘de verdad’. A Madrid, la vérité vient de la main gauche ! Qu’à cela ne tienne, Castella dessine trois séries de naturelles qui font rugir de plaisir Las Ventas. Des ‘Olé’ à l’unisson font trembler les vieux murs de brique rouge. Malgré une épée légèrement caïda, le triomphe est total et le français obtient sa quatrième grande porte à Madrid. Après quinze années d’alternative, Sébastien Castella semble atteindre sa pleine maturité. L’homme n’a jamais été très expansif, presque introverti. Son cercle d’amis a toujours été des plus réduit, comme pour se protéger ou fuir une adolescence pas toujours simple. Le torero français n’a jamais intégré la petite ‘mafia’ qui monopolise le mundillo en imposant ses toros et en choisissant ses compagnons de cartels. Ces trois dernières temporadas on le sent presque ailleurs, sans véritable envie. L’enfant de Béziers, à la voix d’éternel adolescent, traverse alors une véritable crise existentielle balbutiant un toreo sans véritable identité. Séparé de son apoderado, qui lui préfère El Juli, on se dit que l’avenir va s’assombrir un peu plus pour Sébastien. Mais le début 2015 marque un tournant profond. Aux Fallas de Valencia, Castella marque les esprits par une faena des plus profondes. Son toreo devient léger et épuré, aérien et débarrassé de toute fioriture. Deux mois plus tard, la corrida de Madrid, confirmera cette évolution. Sébastien est le triomphateur de la San Isidro sans aucune contestation possible. Quelques jours plus tard, il vient à Béziers inaugurer le nouveau musée taurin et offre un costume goyesque. Le Maestro est souriant, détendu, heureux de partager l’instant avec les aficionados venus le voir. Il me parle de cette faena de Madrid, ses yeux pétillent lorsque je lui fais part de cette évolution vers un toreo plus classique, plus vrai ! Ce 27 Mai, Castella a frappé un grand coup qui marquera très certainement un virage à l’apogée de sa carrière. Le tendido 7 de Las Ventas en se levant comme un seul homme pour rendre hommage au français, lui a signifié qu’il était un ‘Torero de verdad’ !

Suerte Maestro.—Michel Bouisseren

Photo Laure Crespy

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