Hacer la noche…

pleine-lune

On les appelait les furtivos! Ces apprentis toreros qui les soirs de pleine lune bravaient le froid, les vaqueros et la guardia civil pour aller se mesurer aux vaches du Campo et toréer a campo abierto jusqu’au petit matin. Ils l’attendaient des jours durant avec excitation ce bel astre rond symbole de liberté. Pourvu que de gros nuages ne viennent pas gâcher la fête! La nuit tombée, surmontant leur anxiété, ils roulaient leur muleta sous le chandail et faisaient le mur pour se retrouver à la sortie du pueblo. A pied ou en vélo, le chemin pouvait être long pour rejoindre l’immense ruedo naturel.  1459818_1511615412430108_4503483039899861816_n

Une fois sur place, tapis dans les fourrés, haletants d’excitation et de peur, ils attendaient que le bel astre céleste illumine de son éclat le théâtre de leurs exploits. Le plus courageux se lançait alors, écartait une vache du troupeau et face à son destin dessinait la faena  si souvent imaginée. Des nuits entières à toréer de verdad face au danger permanent des coups de cornes de l’animal où du fusil du mayoral traquant sans relâche ces braconniers de la nuit. Juan Belmonte ou Manuel Benitez en furent des héros!  Leurs exploits de furtivos sont relatés avec émotion dans Juan Belmonte matador de toros (de Manuel Chaves Nogales) et …Ou tu porteras mon deuil (de Dominique Lapierre et larry Collins). Au fin fond de la Marisma de Sanlucar de Barrameda, Paco Ojeda y a scellé son toreo de proximité et de lenteur.  Beaucoup y ont laissé tout espoir de gloire, d’autres leur vie. Au petit matin, épuisés et transis par le froid, le retour au village se faisait par les chemins de traverse avant de se jeter au fond des draps d’un lit douillet ou entre deux gendarmes pour une cellule peu confortable.

Les toros de la Marisma ont laissé place aux cultures de riz! Les écoles taurines ont remplacé les furtivos affamés! Le toreo de sentido a cédé à une tauromachie mécanique, répétitive et sans âme!

Peut on être un grand boxeur et monter sur un ring sans avoir été pauvre?

Peut on être un grand torero et combattre dans l’arène sans ne jamais avoir eu faim?….

Michel Bouisseren

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