Sevilla, te quiero…

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Il n est que dix heures du matin, mais la chaleur est déjà étouffante en ce début du mois d’aout dans la capitale andalouse. Séville la belle est quasi déserte, la population ayant fui la canicule pour migrer vers Cadix et Sanlucar. Quelques touristes, l’air hagard, déambulent dans les rues comme anesthésiés par la chape de plomb qui s’abat sur eux. Un appareil photo autour du cou, une bouteille d eau à la main et dans l’autre l’inévitable plan de la ville, ils arpentent les pavés du parvis de la Giralda levant les yeux vers la flèche de la cathédrale illuminée d’un ciel azur. Dans le quartier de Santa Cruz d’habitude si bruyant et animé, règne la même torpeur. Les ruelles si étroites où l’ombre semble rafraichir l’atmosphère ne sont guère plus fréquentées. Les échoppes débordantes de breloques colorées ouvrent une à une sans grand enthousiasme. Parfois des éclats de rire surgissent au détour des ruelles et redonnent un peu d’âme au tableau. Les oiseaux s’engouffrent en piaillant dans le dédale des ruelles dans un balai désordonné. L’odeur des orangers encore en fleur, ajoute un parfum d’exotisme et la chaleur des façades ocre rend le spectacle oriental. Que Séville est belle ! La dame, même écrasée sous la chaleur, reste unique et enchanteresse. Son charme est envoutant, parfois désarmant mais toujours inexplicable. Chaque visiteur en repart tel un amant frustré de n’avoir pu la conquérir et c’est en cela qu’elle reste unique et mystérieuse. Faite de si nombreux quartiers différents et variés, Séville donne à chacun la part de rêve qu’il attend sans jamais livrer son âme aux mécréants ! Véritable capitale culturelle et romantique d’une Andalousie au peuple fier et généreux, elle reste un mystère de traditions qui traverse inexorablement les sarcasmes du temps et du progrès dévastateur. Séville se moque de l’évolution froide et inévitable des sociétés et des peuples, elle est un rempart farouche de traditions inébranlables qui coulent dans ses veines avec force et conviction.Et au milieu de tout cela, s’écoule le Guadalquivir ! Avec une lenteur presque romantique, ce fleuve magique, qui termine son périple dans l’Océan Atlantique à Sanlucar de Barraméda, serpente au travers de la ville avec grâce et poésie. Il véhicule avec majesté cette tradition d’une ville d’eau bâtie dans cette Andalousie rude et aride. Le pont Isabel II l’enjambe avec délicatesse au coeur de la cité, seul pont-levis à l époque entre deux quartiers, deux peuples, deux cultures. D’un coté Séville la majestueuse, qui brille de tous ses éclats, de l’autre Triana le quartier pauvre, ouvrier, contestataire et gitan de la capitale. Triana fut le refuge des petites gens, des voyous et les rejetés de la société sévillane. Des codes y furent crées et une identité acquise au fil de l’histoire s’ancra à tout jamais. Fief d’une population de gitans blancs où le flamenco et la danse ont transgressé les règles sociétales, Triana s’isole du reste de la ville affirmant son identité populaire et artistique ! Ici vit le peuple de Triana ! Sur les murs on peut lire ce slogan identitaire. Et quand vient la nuit, dans les bars glauques et sombres des bas-fonds du quartier, un vieux gitan au visage assombri chantera sa détresse dans un flamenco envoutant. Pendant ce temps, dans les beaux quartiers sur l’autre rive, la belle bourgeoisie se presse dans les théâtres et les grands restaurants dans un balai gracieux de belles andalouses aux robes virevoltantes et de messieurs aux costumes impeccables fumant des cigares imposants. Voilà le Séville qui n’a guère changé au fil du temps, qui semble échapper aux affres de la mondialisation et du modernisme si  destructeur. Quitter Séville est à chaque fois un déchirement cruel. Dans le taxi qui vous ramène au vieil aéroport presque vétuste, l’ambiance ne peut être que lourde. Les souvenirs des instants vécus resurgissent avec  nostalgie. Dans la salle d’embarquement, assis sur de vieux bancs en bois, l’angoisse de quitter à tout jamais cette maitresse si cruelle vous envoute de tristesse. Un dernier regard de désespoir en franchissant la porte de l’avion…Te quiero…!

Michel Bouisseren

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