Fan des années 80…

Paco ojeda, Matador de toros. Nîmes, France 85

Vingt ans, l’âge de l insouciance et de toutes les folies ! Vingt ans et le Monde nous appartient ! C’était il y a trente ans et Nîmes devenait la capitale du Monde, que dis je de l’univers ! Mourousi se mariait dans les arènes, Lacroix était le couturier génial, Casas avait tout compris, La musique des Gypsy était sur toutes les radios et les bobos parisiennes se prenaient pour des danseuses de sévillane ! L’âge d’or de la féria et moi et moi…

Plus de parents pour contrôler l’heure de rentrer, les copains, les filles, les bodegas et Paco Ojeda. Personne ne l’avait vu venir ce torero pas tout jeune de Sanlucar, plus habitué aux paseos des pueblos du fond de l’Espagne qu’à la lumière des grandes arènes. C’est pourtant lui qui me bouleversera réellement pour la première fois. La tauromachie presque schizophrénique de Ojeda transgressait les règles et détruisait ainsi mes premières convictions. Cet homme me perturbait donc et je décidais en 1984 de le suivre le plus possible. Ce fut un été incroyable qui se termina en apothéose par la corrida des Jandilla à Nîmes. Ojeda  déconcertait par son improvisation permanente, son harcèlement et son obsession à la lenteur qui rendait fusionnel et passionnel le combat tout en aliénant la bête dans un labyrinthe sans fin. Je suis souvent resté prostré de longues minutes, restant seul après la course, fixant le sable des arènes et me demandant s’il était réellement humain. C’est lors de ma première visite à Sanlucar, ce village du bout de l’Espagne, dans le cœur de l’Andalousie dure et peu souriante où les hommes ont les mains calleuses et cachent leur misère dans une fierté rugueuse, que je compris en partie sa tauromachie. Ici on ne recule pas, la vie vous en empêche. On résiste aux vents de l’océan, on offre son corps à cette terre si injuste qui reprend aussi vite ce qu’elle a su donner. Sa tauromachie en devint le reflet de sa vie, une vie solitaire à laquelle il ne dérogera jamais.

Réduire les années quatre-vingt au seul Ojeda serait aberrant, mais son style unique, tellement copié mais jamais égalé restera ma première révolution conceptuelle. Ce furent des années d’une telle douceur, qui marquèrent mon émancipation d’aficionado. J’affichais sans gène mes analyses et mes convictions tout en conservant pour moi les doutes permanents qui hantaient ma pensée : L’antagonisme de deux courants, l’un sacralisé par une intelligentsia à la pensée unique où le Torero est le roi de l’arène, l’autre soutenu par une aficion souvent dénoncée comme intégriste et réactionnaire où le Toro revêt l’habit de lumière. Ce dilemme quasi Freudien hantera mon esprit pour la fin de la décennie…

Michel Bouisseren

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