Olivier Margé: Profession Mayoral

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En traversant le village de Lespignan, je me dis que je ne dois plus être bien loin du Mas des Monteilles où j’ai rendez vous avec Olivier Margé le mayoral de la ganaderia Margé.La route devient sinueuse au milieu d’un paysage splendide. On est aux portes du massif de la Clape réputé pour ses vins. La garrigue se mêle aux vignes, le dépaysement est total à quelques kilomètres de Beziers. La tramontane est de sortie et malmène les pins dont les troncs poussent inclinés ! En suivant la rivière de L’Aude, le paysage change peu à peu. Les tamaris remplacent les pins, la garrigue rocailleuse fait place aux étangs asséchés. Saisissant, l’on se croirait au fin fond de la Marisma en Andalousie, sur les terres des grands élevages de Toros. Je prends le temps de m’arrêter quelques instants au bord de la route déserte pour admirer cette lande balayée par le vent, au milieu de nulle part et qui vient mourir dans la mer ! Ici le Toro est roi ! Je franchis le portail du mas, Olivier est là, accompagnée de sa jeune fille. Poignée de main franche, comme le regard bleu du jeune homme. Timide, réservé, certainement sur la défensive face à ces critiques taurins qui écorchent plus souvent qu’ils n’encensent, nous échangeons quelques banalités avant qu’il ne me propose d’aller voir ses toros. Bien sur que je veux les voir ces Margé ! Le 4/4 s’enfonce dans le ‘campo’. Olivier me montre les toros qui seront combattus pour la feria de Béziers, puis ceux de Istres début Aout. Deux très beaux lots de Toros très en pointe. Je comprends mieux pourquoi de nombreuses ‘figuras’ du toreo n’aient pas trop envie de ‘se la jouer’ devant du Margé ! Retour au mas, nous pouvons commencer l’interview !

 

Brèves Taurines : Olivier, quel est le rôle exact du Mayoral ?

 Olivier Margé : Etre au contact permanent des bêtes, tous les jours savoir quelle vache va mettre bas, savoir quel toro aurait pris un coup de corne, surveiller avec attention le troupeau et rapporter ensuite au ganadero. Le mayoral est en quelque sorte le chien de berger de l’élevage !

 BT : Peux tu nous présenter les origines du toro de Margé ?

OM : Nos toros sont issus des fers de Cebada Gago, Nuñez del Cuvillo et Santiago Domecq. Nous avons ensuite fait des apports de Daniel Ruiz et du marquis de Domecq pour, tout en restant dans cette même famille, ne pas s’enfermer dans un circuit court afin d’éviter la consanguinité.

BT : Depuis 2002 les toros de Margé sortent en corrida, quelles sont pour toi les caractéristiques principales de ces toros ?

OM: Nos toros ont la particularité d’être assez différents les uns des autres. De part le mélange des sangs, on obtient des toros qui ne sont pas uniformisés. Chaque animal a sa propre identité physique. Les pelages, les têtes sont différentes et ça se ressent également dans le combat. Chaque animal aura sa propre personnalité durant la lidia. Certains seront excellents à la pique, d’autres se révèleront plus à la muleta. Cela nous donne à chaque fois au moins un grand toro et rend nos corridas vraiment complètes.

BT : De nos jours les élevages cherchent à modeler un toro commercial qui plaira aux figuras. Les toros de Margé ont cette réputation de toro assez difficile. Allez vous continuer dans cette direction tout en sachant qu’elle n’est pas la plus commerciale ?

OM : Effectivement depuis cinq ans, nous sortons de grandes corridas en Arles, Béziers ou Mont de Marsan, mais les figuras ne veulent pas les toréer. Ils savent que nos toros sont très en pointe (cornes), qu’ils prennent souvent plusieurs piques et restent dangereux jusqu’au bout. Notre philosophie n’est pas de faire un toro commercial comme certains. Nous voulons conserver un animal de caractère et de bravoure. Notre ligne de conduite est basée sur la tradition du toro bravo, celui qui se respecte. Rien ne me fait plus plaisir que lorsque à la sortie des arènes, les gens viennent nous remercier en ayant vu une corrida complète avec des toros braves.

 BT : Penses tu qu’un ganadero français peut aujourd’hui passer les Pyrénées et voir ses toros combattre dans des arènes espagnoles ?

OM : J’en suis convaincu. Les Espagnols se rendent compte que la France devient une référence tauromachique. Les choses changent. Ils nous regardent différemment, et même s’ils ont crées la corrida, des toreros français triomphent en Espagne et à nous de leur montrer que nos toros ont également une place dans les grandes arènes espagnoles. Ils ne sont plus les seuls à bien travailler. Je suis confiant car nous aussi on sait faire de beaux toros !

 BT : En tant que jeune mayoral Français, ne fais tu pas une forme de complexe face à des mayoral très expérimentés de grands élevages espagnols ?

OM : Pas du tout ! Un mayoral est universel, nous avons le même langage qui est celui du toro ! Il ne doit pas y avoir de frontière, seul l’amour pour le toro bravo est important !

BT : Dans les grands élevages, l’arrivée de vétérinaires pour travailler sur la génétique afin de ‘fabriquer’ le toro idéal, risque t’il de changer le métier de mayoral ?

OM : Le vétérinaire est important pour un élevage mais son rôle doit se limiter à soigner les bêtes malades. Nous notre métier est d’observer et de vivre avec nos bêtes pour les comprendre et faire les meilleurs croisements possibles afin d’obtenir de bons toros. C’est en étant au quotidien au milieu de nos animaux que l’on fait le moins d’erreur. Et puis pour l’instant, que je sache aucun vétérinaire n’a crée sa propre ganadéria par des clones sortis d’éprouvettes !! (Rires)

Le mayoral fonctionne au feeling, tente des croisements par la connaissance de ses vaches qu’il a vu en tienta ! Et cela personne ne peut le faire à sa place !

BT : Olivier, merci beaucoup de m’avoir accordé un peu de ton temps ! Suerte !

L’interview se termine, le jeune mayoral repart au milieu de ses toros avant que la nuit ne tombe sur le Campo.

Je repars, séduit par la personnalité de ce jeune homme et la sérénité qu’il dégage. C’est pourtant un métier difficile. Seul en pleine nature, été comme hiver, sous la pluie ou en pleine chaleur, avec comme unique compagnon le cheval qu’il monte à travers cette terre immense. Des heures entières passées au milieu de ses bêtes en rêvant de les voir un jour triompher dans les arènes.

Suerte Mayoral y muchas gracias !

Michel Bouisseren

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