Miguel Angel Perera: La consécration?

7 officiel 1710 couv

 Samedi « à las cinco y media de la tarde ! » Miguel Angel Perera défiera seul six toros de la ganaderia Jandilla dans l’amphithéâtre romain de Nîmes. Trente ans après le solo historique de Paco Ojeda dans ces mêmes arènes, et face au même élevage, Perera tentera de séduire un public Nîmois qui rechigne à le consacrer Roi !

Trente ans ! Voilà déjà trente ans que Paco Ojeda triomphait en solo dans les arènes de Nimes face aux six toros de Jandilla. Le temps n’efface en rien les souvenirs de l’aficionado et je garde en mémoire chaque geste, chaque émotion de cette après midi de Septembre 1984. C’était les années cultes de la féria ! Les stars se mariaient à Nimes, les parisiennes dansaient la Sévillane et le « No hay billetes » s’affichait presque quotidiennement. Paco Ojeda, sorti de presque nulle part, insufflait un véritable renouveau dans la corrida en bousculant tous les fondamentaux de la lidia. Une véritable révolution du toreo transgressait les règles établies !. Ojeda déconcertait par son improvisation permanente, son harcèlement et son obsession à la lenteur qui rendait fusionnel et passionnel le combat tout en aliénant la bête dans un labyrinthe sans fin. Le ‘trémendisme’ du Torero de Sanlucar a marqué les années quatre vingt. Beaucoup ont tenté de le copier sans jamais l’égaler. Plus de vingt ans de disette avant que ne surgisse de sa province de Badajoz Miguel Angel Perera. Plutôt grand de taille pour un torero, une allure assez froide et peu expressive, Perera n’est pas un séducteur au charisme renversant. Ses ‘traje de luces’ sont souvent de mauvais gout et son sourire ne rend pas les filles hystériques !

Sa carrière de novillero débute à San Sébastien, puis à Madrid en 2004 où il coupe trois oreilles. Après avoir pris son alternative chez lui dans les nouvelles arènes de Badajoz, sa carrière sera ponctuée de haut et de bas. Mais à partir de 2011, sa tauromachie se pose véritablement et les succès s’enchainent.

Paco Ojeda, dans une interview au Terres taurines d’André Viard, dira de lui qu’il est son digne successeur ! Son fils spirituel ! Le seul qui soit capable de se poser entre les cornes et défier l’animal dans son terrain. Bel hommage de celui qui a révolutionné les années 80 !

Perera, aujourd’hui âgé de 31 ans, est au sommet de son art. Il est adoré par le public exigeant de Madrid et Bilbao dont il est le triomphateur 2014. S’imposer dans de telles arènes ou le toro est roi n’est pas anodin. Sa corrida de Madrid face aux Adolpho Martin restera un des temps fort de la temporada. On sent chez lui une quiétude absolue et une confiance totale dans sa tauromachie. Seule ombre au tableau, son appartenance au fameux club du G5 ! ce mouvement ‘syndicaliste’ crée par le maitre du genre el Juli, l’enferme dans une confrérie malsaine qui a perturbé le début de la temporada. Les cinq protagonistes du mouvement ont fait plané toute la saison de nombreuses suspicions quant aux choix des toros, des compagnons de cartel, et une remise en question de la véracité des sorteo ! Dans une période ou la fiesta brava est mise à mal par des animalistes virulents, les guerres internes du Mundillo ne font que noircir le tableau !

Malgré cela Perera survole les débats. Dans cette période charnière ou les figuras s’enlisent parfois dans une tauromachie ‘populiste’ parfois vulgaire, Perera peut devenir le chef de file qui fait défaut. Entre un José Tomas qui espace ses apparitions, un Morante qui alterne l’excellence et le pire et un Fandińo trop enfermé dans une case toriste, l’aficion perd ses repères. Le clivage ‘torériste’ et ‘toreiste’ s’accentue inexorablement. Perera peut être le lien qui réunira à nouveau dans les arènes les deux camps. Sa tauromachie, intelligente et profonde, sa capacité à s’adapter à tout type de toro, font de lui un torero d’exception. Du 7 de las Ventas au public du Puerto santa Maria en passant par la froideur de Vista Alegre, Perera enchante et rassemble. Une tauromachie basée sur le respect du toro et sa mise en valeur, des gestes suaves et profonds, l’alternance des distances, une capacité à trouver le sitio dès les premières instants, une volonté insolente d’immobilisme dans le terrain de l’animal font de lui un torero qui doit marquer l’histoire.

Mais Perera est peu reconnu en France et plus particulièrement dans le sud est ou il peine à triompher. Sa tauromachie est-elle trop intimiste ? Pas assez ‘populiste’ ? Trop technique ? Difficile de transmettre lorsqu’on torée de ‘verdad’ plutôt que de toréer un public ! Pas de fioritures, pas d’esbroufes vulgaires et inutiles dans la lidia, juste le nécessaire pour atteindre la fusion entre l’homme et la bête ! Samedi, lorsqu’il franchira la grande arche du patio de caballo, Perera aura à cœur de montrer au public Nimois que son statut actuel de numéro 1 lui sied parfaitement. A n’en pas douter, le Maitre Ojeda, au fin fond de sa Marisma andalouse aura une pensée émue pour son ‘fils spirituel’ !

Suerte Maestro

Michel Bouisseren

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